Méthode DOM 1D (Chandrasekhar) sans Fluorescence ================================================= Introduction ------------ La **méthode des ordonnées discrètes** (DOM, Discrete Ordinates Method), développée par Chandrasekhar (1950) pour le transfert radiatif stellaire, résout l'ETR **complète** sans recourir à l'approximation de diffusion. Elle constitue donc une **résolution exacte** dans le cadre du modèle ETR choisi (fonction de phase, paramètres optiques), limitée ici au cas **1D** (milieu plan-parallèle, invariance transverse). L'intensité spécifique ne dépend que de $z$ et de l'angle polaire $\mu = \cos\theta$ par rapport à l'axe $z$. Formulation 1D de l'ETR ------------------------ En géométrie 1D plan-parallèle, l'ETR stationnaire s'écrit : $$\mu\,\frac{dI(\tau,\mu)}{d\tau} = -I(\tau,\mu) + S(\tau,\mu)$$ avec la profondeur optique $d\tau = \chi\,dz$ (positive vers le bas), $\mu \in [-1,1]$ et la fonction source : $$S(\tau,\mu) = (1-\varpi)\,B(T) + \frac{\varpi}{2}\int_{-1}^{1}p(\mu',\mu)\,I(\tau,\mu')\,d\mu'$$ où $\varpi = \sigma/\chi$ est l'albédo de diffusion simple. Pour un milieu purement diffusant ($\varpi = 1$, pas d'absorption ni d'émission thermique), la fonction source se réduit au terme de diffusion. Discrétisation Angulaire — Quadrature de Gauss ----------------------------------------------- On remplace l'intégrale angulaire par une **quadrature de Gauss-Legendre** à $N$ points dans $[-1,1]$ : $$\int_{-1}^{1} f(\mu')\,d\mu' \approx \sum_{j=1}^{N} w_j\,f(\mu_j)$$ où les $\mu_j$ sont les racines du polynôme de Legendre $P_N$ et $w_j$ les poids associés. On utilise typiquement $N$ pair (symétrie $\mu_{N+1-j} = -\mu_j$, $w_{N+1-j} = w_j$) pour traiter séparément les directions montantes et descendantes. L'ETR continue devient le **système de $N$ EDO couplées** : $$\mu_i\,\frac{dI_i(\tau)}{d\tau} = -I_i(\tau) + \frac{\varpi}{2}\sum_{j=1}^{N} w_j\,p(\mu_j,\mu_i)\,I_j(\tau) + (1-\varpi)\,B(T), \quad i = 1,\ldots,N$$ avec $I_i(\tau) = I(\tau,\mu_i)$. Formulation Matricielle ------------------------ En posant $\mathbf{I} = (I_1,\ldots,I_N)^\top$, le système s'écrit : $$\mathbf{M}\,\frac{d\mathbf{I}}{d\tau} = -\mathbf{I} + \mathbf{P}\,\mathbf{I} + \mathbf{b} = (\mathbf{P}-\mathbf{I}_N)\,\mathbf{I} + \mathbf{b}$$ $$\frac{d\mathbf{I}}{d\tau} = \mathbf{M}^{-1}(\mathbf{P}-\mathbf{I}_N)\,\mathbf{I} + \mathbf{M}^{-1}\mathbf{b} = \mathbf{A}\,\mathbf{I} + \mathbf{b}'$$ où $\mathbf{M} = \text{diag}(\mu_1,\ldots,\mu_N)$ et la matrice de diffusion est $P_{ij} = (\varpi/2)\,w_j\,p(\mu_j,\mu_i)$. Résolution par Décomposition en Valeurs Propres ------------------------------------------------- La solution homogène du système $d\mathbf{I}/d\tau = \mathbf{A}\,\mathbf{I}$ est : $$\mathbf{I}_\text{hom}(\tau) = \sum_{k=1}^{N} c_k\,\mathbf{v}_k\,e^{\lambda_k\tau}$$ où $(\lambda_k, \mathbf{v}_k)$ sont les couples valeurs propres / vecteurs propres de $\mathbf{A}$. Propriétés spectrales : - Les valeurs propres sont **réelles** et viennent par paires $(\lambda_k, -\lambda_k)$, avec $\text{Re}(\lambda_k) > 0$ pour $k \le N/2$. - Pour un milieu conservatif ($\varpi = 1$), deux valeurs propres nulles $\lambda = 0$ apparaissent (modes diffusifs à longue portée). Conditions aux Limites ----------------------- Pour un milieu semi-infini éclairé en $\tau = 0$ par une source $I^+(\mu_i)$ (directions montantes, $\mu_i > 0$) : - **Condition en surface** ($\tau = 0$) : $I_i(0) = I^+(\mu_i)$ pour $\mu_i > 0$. - **Condition à l'infini** : les termes croissants ($e^{+\lambda_k\tau}$ avec $\lambda_k > 0$) sont exclus. Pour un **slab** d'épaisseur $\tau_L$ : - Conditions en $\tau = 0$ : $I_i(0) = I^+(\mu_i)$ pour $\mu_i > 0$. - Conditions en $\tau = \tau_L$ : $I_i(\tau_L) = I^-(\mu_i)$ pour $\mu_i < 0$. Les constantes $c_k$ sont déterminées par un système linéaire $N \times N$. Réflectance et Transmittance ------------------------------ La **réflectance diffuse** (flux remonté en $\tau = 0$) est : $$R = \sum_{\mu_i < 0} w_i\,|\mu_i|\,I_i(0)$$ La **transmittance diffuse** (flux sorti en $\tau = \tau_L$) est : $$T = \sum_{\mu_i > 0} w_i\,|\mu_i|\,I_i(\tau_L)$$ Convergence et Choix de $N$ ----------------------------- La précision croît avec $N$ (ordre de la quadrature). En pratique : - $N = 2$ (approximation $S_2$) ≈ approximation de diffusion $P_1$. - $N = 4$ à $N = 8$ : précision suffisante pour la plupart des applications. - $N \ge 16$ : nécessaire pour les milieux à faible albédo ou anisotropie forte. La DOM $S_N$ avec $N \to \infty$ converge vers la solution exacte de l'ETR. Avantages et Limitations -------------------------- - **Exact** (dans le cadre de l'ETR et du choix de $p$) : pas d'hypothèse sur $\mu_s'/\mu_a$. - **Valide près des sources et interfaces** : contrairement à la DA. - Résolution : $O(N^2)$ par couche, scalable. - **Limité au 1D** plan-parallèle dans cette formulation ; l'extension 2D/3D nécessite des approches supplémentaires (DOM multidimensionnel, méthode Monte Carlo). .. seealso:: :doc:`../base/01_etablissement_etr` — ETR complète que la DOM résout sans approximation. :doc:`11_dom_1d_avec_fluo` — extension de la DOM à la fluorescence. :doc:`../da/03_approximation_diffusion` — approximation de diffusion, cas limite $N=2$.